Le pardon breton et la rencontre islamo-chrétienne 2014 aux Sept-Saints
Après l’arrivée des scouts qui s’appliquent à dégager les ruines de la Chapelle St Fiacre à Vieux-Marché, et la soirée Cinéma, de Sébastien Le Guillou, le lendemain se tient la « Rencontre-Débat » animé par Patrick Léger. Cette année le thème retenu est « Image et spiritualité ».Le calligraphe Mohamed Idali intervient le premier. La calligraphie est une manifestation artistique très importante de la civilisation musulmane. L’artiste exprime son admiration pour la vie, la pensée et l’œuvre poétique d’Al Hallaj que Louis Massignon fait connaître à l’Occident. Hallaj est une grande figure du soufisme.
Les soufis, dans l’Islam, désignent ceux qui, vêtus de laine (sûf en arabe) pour exprimer leur détachement du monde, sont entrés dans la voie mystique afin de s’unir à Dieu. Leur nom évoque probablement la pureté (en arabe, safâ) et même la sagesse, (en grec sophia). Hallaj naît vers 857 en Iran. Il doit son surnom « Al Hallaj »- le cardeur- au métier de son père. En 1922 paraît à Paris, « La passion d’Al Hallaj martyr mystique » de Louis Massignon. Jeune, Hallaj, éprouve le besoin de se vouer à Dieu. A 20 ans, il reçoit l’habit du soufi. Il vit à Bagdad, se rend à la Mecque en pèlerinage, voyage beaucoup et s’adonne à la prédication dans une exaltation croissante. Pour Hallaj, la vie spirituelle a pour but l’union avec Dieu. La personnalité humaine s’efface, s’anéantit afin d’être envahi par Lui. Ses affirmations suscitent une opposition religieuse, juridique qui finalement l’accuse de blasphème et lui fait subir un jugement qui le conduit au martyr pour avoir déclaré « Je suis la Vérité, mon Je, c’est Dieu. »
Dans son intervention, Pierre Lory parle des « Méditations de Hallaj sur Satan » ; art et spiritualité ; quel lien ? Pardonnez- moi d’aborder la question par son inverse : celui de la laideur. Non pas la laideur ordinaire ; mais la laideur radicale. Si le principal chef-d’œuvre c’est l’homme, la principale laideur, c’est de le mutiler, de le souiller : Satan, quoique peu visible soulève des questions omniprésentes. Personne n’affirme faire le mal. Personne ne se veut du côté de Satan. Pour Hallaj, Iblis ou Satan connaît bien Dieu .Hallaj présente Satan comme une figure destinée à faire réagir les hommes, à s’éveiller. Satan connaît Dieu, mais sa connaissance de Dieu lui fait oublier, la création, l’Autre. Il refuse de se prosterner devant Adam. Aimer Dieu lui suffit, il ne se pose pas en anti-Dieu.
Il sépare Dieu de tout le créé. « Je ne me prosternerai devant aucun autre que Toi ». Or comment connaître Dieu, en lui-même, en dehors de sa manifestation. « Adam est un acte de Dieu et un acte est un miroir » Hallaj suggère que l’adoration de Dieu, pour être vraie, passe par un regard transformé sur sa création, source de l’Art. Satan sait que son destin est voulu par Dieu depuis la prééternité. On ne peut connaître une bonne action que si l’on sait ce qu’est le péché. Satan accepte Dieu en tant que Dieu, mais refuse son ordre. Il dit à Dieu à la fois Non et Oui. Non à sa volonté, Oui à son être… Comment connaître la volonté de Dieu ? L’homme ne peut connaître Dieu, mais il peut connaître sa trace. « Vous pouvez connaître Dieu, dit Hallaj, grâce à ses saints. Or moi, je suis la trace (le saint) de Dieu, je suis le Réel. Dieu parle aux hommes par l’intermédiaire de ses saints »
Gérard Prémel, journaliste et écrivain, auteur du « Nouveau regard sur la littérature algérienne de langue française » évoque Germaine Tillon ethnologue engagée dans la défense des femmes algériennes, accueillie en 2002 à la rencontre islamo-chrétienne.
Que faire ? Question qui précède la prise de risque voire la grande incertitude, quel sens donné à sa vie. L’homélie du pardonneur aux messes du soir et du lendemain, Mgr. Antoine Herouard, recteur du séminaire français de Rome, débute sur cette interrogation. De la 1ère lecture, de ce 17ème dimanche du T.O., le prédicateur cite la demande de Salomon au Seigneur : « Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal… » La réponse de Dieu : « Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner. Je te donne un cœur intelligent et sage… ».